Protected: Quelques petites histoires de chevet

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Au sublime par le putride, au spirituel par l’immondice

“[…]

J’pense à ma vie ce roman noir écrit par un sado
Où j’y vois clair comme dans un glory hole
Puis j’ai des sueurs chaudes, un lumbago
J’transpire des auréoles
De larmes d’alcool.

Je me souviens de la haine
Quand j’étais fou, de quand j’vivais
Et puis des nuits casadéennes
Lorsque j’ai pris plus de plaisir à boire
Qu’à baiser.
Je voulais être survivaliste moi
Mais comme la peine est ma reine
J’aurai fini mouriraliste
Un trou du cul blasé
Dans un trou boisé…

Quand j’suis arrivé là y’avait un Christ dans l’grenier
Sur ma guitare jl’ai foutu
Retourné.
Je deviens dingue ou quoi, le croiras-tu ?
Mais dans un bon français narquois
Voilà que cette statue
Me crie à tête-tue :

« Allez, t’as tué personne
Attends qu’ta fin sonne
Cette vie c’était ton châtiment
Et gentiment
T’as purgé ta peine.

Allez, t’as tué personne
Que ton foie t’abandonne
Cette vie t’a nargué comme une hyène
Mais calmement
T’as mangé ta haine. »

Et calmement, j’ai mangé ma haine.

A la Chaise-Dyable – Peste Noire (paroles par la Sale Famine de Valfunde)

Saphos

Ô Femme, Reine des mers et de mon cœur, 
Des Enfers et de mon humeur,
A la tempête semblable ; et semblables les dégâts
Tantôt délicieuse amante, incarnation de la tendresse
Tantôt créature sournoise, cruelle et vengeresse
Toi seule sais faire plier mon esprit ;
Tes étreintes sont le seul désir de mon corps meurtri
Creusé par tes griffes et tes mots
Qui, toujours, savent m’atteindre par un moyen nouveau…
Je me suis perdue en toi, il faut l’avouer
Leurrée par ton idéal comme ta réalité
Et à présent je me noie dans tes courbes,
Raillée par ton séduisant regard fourbe ;
Et je veux m’y noyer également,
Que tes pupilles m’enserrent jusqu’à l’étranglement !
Ô femme, laisse-moi voguer, vulnérable, 
Au gré de tes désirs déraisonnables
Asservis-moi sans honte ni retenue
Et engloutis-moi jusqu’aux plus insignifiants résidus
Je m’offre éperdument à ta tyrannie ; 
Ris, abuse et jouis
De ta féale la plus violemment dévouée
Puisque tes charmes infinis de succube zélée
Tourmenterons mon âme amoureuse
Tant que durera ton existence voluptueuse.

Dio’.

C’est maladroit, saccadé, exagérément exalté… Pardonnez la passion qui a crié ces vers sans que je sache la faire taire. 😀

Albtraum

Une seconde de conscience, une seconde d’obscurité. Puis, la lumière apparaît. Une lumière de théâtre, un projecteur blafard. “Je” suis en-dessous, assise par terre face à une table basse en vieux bois. “Je” crache dans un petit bol, incessablement – il s’agit d’un liquide noir et épais. “J’ai” une plume à la main. “Je” la trempe dans le bol, dessine des motifs sur un papier étendu à même le bois. Je m’approche pour mieux regarder. Je vois que “je” dessine un poumon. Au moment où l’encre que “j’ai” crachée touche le papier, pointant au bout de ma plume, elle devient blanche. Il faut quelques secondes pour qu’elle retrouve son noir de jais.
Tu apparais sous le projecteur. “Je” souris. Tu poses une main sur “mon” épaule, et tends l’autre vers le poumon dessiné. Tu le touches. L’encre frétille et bouillonne. Elle remonte le long de ton bras. Elle t’enlace, et j’ai peur qu’elle te ronge. Mais l’autre moi reste assise, souriante. Cette fois, c’est moi qu’elle regarde. C’est à moi qu’elle sourit. Tu as dit que tu aimais mon sourire. Mais celui-là était terrorisant. Ton corps entier est d’un noir profond, à présent. Ca me semble stupide, outrageusement symbolique. Ridicule. Mais je suis immobilisée, glacée de peur. “Je me” lève enfin, pour te faire face. Une main posée sur ton cou, l’autre caressant ton visage. Maintenant que tu es couvert de l’encre (serait-ce du goudron ? Un genre de sang ?), “je” peux te dévorer. Cela prend quelques minutes. Tu finis entièrement consumé. J’ai mal au coeur, physiquement mal. J’ai l’impression qu’il va transpercer ma poitrine pour battre à l’air libre. Je marche vers “moi”.
Finalement, je ne suis plus qu’une personne. Je regarde dans le vide, là où quelques instants plus tôt j’aurais fixé tes yeux. Je baisse les miens. Un coeur se trouve dans ma main. Je m’assieds à nouveau. Le coeur me sert d’encrier, il n’y a qu’à planter la plume dedans. Je souris, amèrement. On se croirait dans un mauvais manga.
Je vois du mouvement. Le temps de lever la tête, je vois une paire de jambes. Je dis quelque chose, mais ne m’entends pas parler. Enfin… peut-être l’ai-je simplement oublié, après-coup.
Je me réveille, à ce moment, dans le noir absolu.
J’avais peur, tu sais.

Goethes Balladen

                                 Mignon

      Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn,
Im dunkeln Laub die Goldorangen glühn,
Ein sanfter Wind von blauen Himmel weht,
Die Myrte still un hoch der Lorbeer steht ?
Kennst du es wohl ?

                                Dahin ! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn !

      Kennst du das Haus ? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder steht und sehn mich an :
« Was hat man dir, du armes Kind, getan ? »
Kennst du es wohl ?

                                Dahin ! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn !

      Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg ?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg;
In Hölen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürtz der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl ?

                                Dahin ! Dahin
Geht unser Weg ! o Vater ! lass uns ziehn !

L’être et le néant

“Je l’ai attrapé par la taille, et l’ai serré contre moi. Lentement, j’ai fait disparaître le décor. Nous n’étions plus nulle part, seul un vide obscur nous entourait. Je sentis sa respiration s’accélérer. Il était privé de tous ses sens, excepté le toucher. Tout ce qui lui restait était mon étreinte. Je le serrai plus fort. Je ne voulais pas qu’il ressente quoi que ce soit de négatif dans ses derniers moments.
Habituellement, lorsque je rencontrais des êtres dans son état, je leur offrais des pouvoirs, de la connaissance, du plaisir, et d’autres choses encore qui pouvaient sauver leur esprit. Mais lui n’aurait fait aucun usage de ces choses là. Je le sentais. Seule la destruction lui serait salvatrice. Non pas la mort ; elle était bien trop mystérieuse et effrayante. Ca n’aurait pas suffit à lui apporter le repos. Il fallait qu’il cesse d’exister, tout simplement. Plus d’angoisse, de questionnement sur l’avenir, d’appréhension de la vérité. Il n’aurait pas à s’adapter à la réalité. Il n’aurait plus rien à faire.
Quand je lui ai expliqué ce que je pouvais faire pour l’aider, il a baissé la tête. Au bout de quelques minutes, il a fini par lever les yeux sur moi, et a souri. Ce sourire… était le plus beau et le plus sincère que je n’avais jamais vu, malgré mes milliards d’années d’existence. C’est exactement à ça que ressemble le bonheur. Et maintenant que nous y sommes, il accepte et attend toujours sa disparition. Ne plus exister nulle part en cet univers, ni en aucun autre… La salvation ultime.
Son cœur battait la chamade, mais je comprenais que son anxiété n’était due qu’à la perte soudaine de ses sens. D’ailleurs, je l’avais tout de même emmené au-delà de l’espace et du temps. Je souris doucement. C’était une évidence, j’aurais dû prévoir qu’il serait effrayé. Je ne lui avais pas expliqué cette partie, après tout. Je desserrai lentement mes bras. Il s’y accrocha. Alors, je lui murmurai les derniers mots qu’il entendrait jamais. « Ne t’inquiètes pas. Je ne te quitterai pas. » A travers l’obscurité, je saisi son menton, et déposai un baiser sur ses lèvres. Il se détendit. Je sentis son esprit s’apaiser ; il était prêt.
Soudainement, il disparu. J’avais fait en sorte à ce qu’il le sente tout de même venir, car je savais qu’il voulait profiter au mieux possible de sa libération. Je soupirai. Pour la première fois depuis des siècles, un être humain avait littéralement cessé d’exister sur tous les plans. Plus rien ne restait, pas même un souvenir de lui. A part bien sûr dans mon propre esprit, mais plus pour longtemps. Il était hors de question de le trahir. Je soupirai. Il était l’être le plus vrai que j’avais rencontré, mais aussi le plus désespéré. Les humains étaient donc si mal conçus… Penser que j’aurais parfaitement pu aider à harmoniser tous ces paramètres me fendit à nouveau le cœur. Enfin, à quoi bon ruminer ces idées ? En parlant d’idées… En une fraction de seconde, j’effaçai à jamais tout ce qui le concernait de près ou de loin. Adieu, mon aimé.”

Dio’ – texte datant de début 2014.

Une aventure

Comme je te l’ai peut-être déjà dit, le principe de ce séjour était tout nouveau pour moi. Je n’avais jamais passé autant de temps avec un groupe de personnes ; même en habitant sous le même toit que ma mère et mon frère nous ne nous voyons jamais plus de deux heures par jour, et mes rares expériences de colo ont été telles que je passais le plus de temps possible seule. Alors, tu imagines, deux semaines à côtoyer des amis chaque jour du lever au coucher…

Les premiers jours, par soucis de place, j’ai dormi dans le même lit que Clenoshe. Souvent, au moment du coucher, nous étions dans les bras l’un de l’autre, puis nous finissions par prendre une position plus confortable -dos à dos, chacun son espace- et le matin, à nouveau collés jusqu’à ce qu’on se décide à se lever. Quelque part, c’était une situation amusante par son potentiel de symbolisme. Il s’agissait d’être proche de quelqu’un, d’avoir un contact et une chaleur humaine contre qui se blottir, s’enfouir. Mais en même temps existait le désir d’espace, de solitude et de tranquilité. Et encore, derrière, la peur d’envahir, de déranger. Is a relationship any different ?

A présent, je dors à côté de Shu. Deux matelas séparés, mais que nous avons dû glisser in-extremis dans le peu d’espace qu’il restait dans la chambre du haut (beaucoup sont déjà partis, Shu et moi avons quitté celle du bas pour rejoindre ceux qu’il restait). J’ai le sommeil lent, tu le sais. Du coup je m’occupe comme je peux en attendant, immobile mais bouillonnante d’énergie. Alors que défilait dans ma tête une autre fiction à but distractif, j’ai tourné la tête vers lui. Je me suis dit que c’était la première fois que je voyais quelqu’un dormir. Dans un sens c’est effrayant. Ne trouves-tu pas ? Cette masse inconsciente et vulnérable est un être vivant, pensant, avec une histoire et des aspirations. Il y a quelques minutes nous riions ensemble devant un film et nous discutions gaiement. Maintenant, seuls ses rouages internes le différenciaient d’un objet. Nous ne pouvions plus partager.
Puis, je me suis dit que c’était sûrement en partie à cause de ces sentiments face à l’état d’endormissement que j’avais si peur d’y céder moi-même. Une peur de l’inutilité, de l’improductivité, de l’inconscience ? Une peur de mourir, trop tôt ? Ce doit être ça. Une peur de m’abandonner à un état de pure impuissance. De perdre des instants de réflexion ; de ne même pas me souvenir de ce que peut bien créer mon esprit dans ces moments (bien que je me souvienne habituellement de plusieurs rêves par nuit, c’est déjà monté jusqu’à huit, qui sot par ailleurs encore gravés dans mon esprit… il paraît que ce n’est pas très sain).

Maintenant que Nico est parti (sans même dire au revoir à qui que ce soit, ça lui ressemble bien… je n’en suis même pas contrariée), le seul véritable lit de la pièce est libre. C’est un lit deux places en bois. Je devine qu’en arrivant dans la chambre avec les autres, il se l’est directement attribué. Il est comme ça, Nico. Il se place toujours en position d’alpha. Que ce soit par son attitude, son simple regard, ou ses paroles. Il a cette manière de parler constamment de lui, et de ne parler des autres que pour se mettre en avant. Dans sa bouche, même un compliment a pour but de le mettre lui-même en valeur.
Chez toute autre personne, ça me dérangerait. Mais avec lui, ça m’intéresse plus qu’autre chose. C’est toujours amusant de voir comment il retourne habilement une conversation pour la diriger vers lui. Il a ses petites techniques. Egalement pour commencer à n’importe quel moment une discussion par rapport à lui et ses exploits. Nous avons été très proches assez vite, c’est sûrement pour ça que je tolère sans soucis ce caractère, et il se le fait pardonner à mes yeux par d’autres aspects de son être. (Et puis, j’ai parfois le même comportement… C’est tragique.) Tu parlais de favoritisme inné… Je pense qu’on ne peut pas y échapper. Le favoritisme est un effet de l’amour de soi.

Je me demande si quelqu’un va se déplacer de son matelas au sol à ce lit… Ou si chacun se satisfait de ce qu’il a, ou bien s’est habitué à sa place et s’y trouve parfaitement confortable. Peut-être Mimic, qui dort en plein milieu de la pièce et au-dessus duquel Shu et moi devons passer pour accéder à nos matelas. Cyprien est contre le mur, entre le pied du lit en bois et des meubles. Il doit y être plutôt tranquille, mais je le vois bien emménager dans le lit par pur et innocent souci de confort. Shu, lui, n’oserait probablement pas, par égard aux autres, par désir de ne pas priver quelqu’un d’autre du lit. François… Est dans sa bulle. Je ne pense pas qu’il ait même conscience que le lit s’est libéré. Peut-être moi, avec mon attitude de pseudo-alpha mal assumé, sous l’excuse de ce terrible mal de dos…
C’est fou. Toute chose devient matière à matérialiser le caractère d’un être et ses rapports au monde.

Ah oui. Autre chose qui m’a marqué, dont je t’avais déjà un peu parlé. Je n’avais encore jamais vu Emy, ni Starp, ni Mimic. Je me suis toujours très bien entendue avec Emy, mais passer du temps avec elle m’a refroidie à son égard. Son attitude, ses manières, ses expressions de visage… Ont dévoilé des parties de son être que je ne peux apprécier. Avec Starp, c’est tout l’inverse. Le connaître en dehors des jeux (qui sont assez importants pour lui visiblement, et donc le poussent facilement à s’énerver et à flame) m’a montré qu’il est en fait quelqu’un d’adorable et plein d’humour. Et Mimic… Ca fait du bien de l’entendre parler normalement. Restent certes les parties de LoL qu’on fait -là on retrouve notre bon vieux Emeric et ses cris stridents. Mais il est hautement supportable, au final. Quelque part, je le trouve même mignon (mignon dans un sens attendri, face à un junior). Il semble aussi avoir un réel potentiel intellectuel.
Tout ça pour dire, on peut bien croire connaître ou apprécier quelqu’un, rien ne vaut l’IRL. Cela peut sembler évident, mais les seules personnes que j’ai rencontré sur le net puis en personne avaient jusqu’ici toujours été semblables dans l’un comme dans l’autre. Il y avait bien des facettes cachées que j’ai découvertes, mais elles étaient cohérentes par rapport à ce que je connaissais déjà d’eux.
Naïve enfant que je suis et qui découvre à peine le monde.

Je me demande comment ce sera avec toi. Je me demande si tu as des tics, des expressions particulières. Je me demande si tu plisses les yeux en souriant, si tes yeux se baladent quand tu parles, si te mords la lèvre en réfléchissant. Je me demande comment est ton regard. Je me demande si tu as des regards en coin par moment. Je me demande comment tu te meus. Si tu as des gestes lents et précieux, ou alors précis, si tu te précipites sous la pression.
Je ne peux pas m’empêcher d’observer en détail l’attitude des gens. Par conséquent, je ne peux m’empêcher de me demander de quelle manière tu es. Plus même que je me demande à quoi tu ressembles (quoi que je suis très curieuse quant à tes avant-bras. C’est comme un genre de fétichisme. Ca me semble assez amusant, donc je t’en fais part.).

Enfin. Il est temps d’arrêter cet article. Voilà en somme comment se déroule mon séjour.

Enjoy, très cher Jo’.