Muthos, éleos, phobos – ou une famille

“Pourtant quand tu étais petite, tu étais énergique, volontaire, toujours prête à faire des efforts ! Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?!”

C’est vrai ça, qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? La vie, probablement. J’ai vécu, j’ai connu, je me suis perdue et trouvée à la suite ou simultanément, j’ai grandi sous des aspects, vieilli sous d’autres, et suis restée petite enfant sous d’autres encore.
Que dire ?
Est-ce l’environnement familial instable, bruyant et violent, hypocrite et malsain ?
Est-ce la solitude, difficilement comblée par l’imagination pourtant débordante de l’enfant que j’étais ?
Est-ce mes fréquentations que toujours vous avez jugées mauvaises ?
Est-ce une curiosité trop grande, me poussant à découvrir et analyser chaque versant du Monde et de l’Homme, m’exposant ainsi tant au meilleur qu’au pire ?
Est-ce simplement une tendance mentale, morale, psychologique, essentielle de mon être ; une fragilité qui d’abord timide n’osait trop se dévoiler ?
Est-ce l’ouverture à l’Autre, à l’Agir sous bien plus de ses coutures qui a changé mes manières d’être, de réagir, de désirer ?
Est-ce un idéalisme excessif trop souvent déçu ; une erreur de toujours attendre le Meilleur en oubliant sa nature profonde, sa préciosité ?
Est-ce purement ma faute ; une flemmardise, un immobilisme que je pourrais briser d’un battement de cils si seulement je prenais la peine de sortir des excuses et du déni ?
Est-ce un manque, une faiblesse, qui me forcent à faire des efforts pour des choses habituellement les plus simples qui soient, ne me laissant pas assez de force ou de volonté pour faire des efforts que vous sauriez reconnaître en tant que tels ?
Est-ce vous, qui ne savez surmonter l’idée que vous vous êtes faite de moi en me voyant toujours m’éloigner de l’Être et du Devenir que vous me destiniez ?
Est-ce un peu de tout cela, n’en est-ce rien, est-ce un peu de quelques, ou autre chose encore…
Que m’est-il arrivé ?

Vous me posez cette question et immédiatement vous détournez ; toi vers celle que tu veux satisfaire, toi vers celui à qui il n’est rien “arrivé”. Est-ce une question à laquelle vous attendez une réponse, ou à laquelle vous en cherchez ?
Est-ce une question posée pour m’accuser ? Une question posée pour m’aider ? Une question posée pour me changer ? Une question posée simplement pour parler ?
Pourra-t-on seulement un jour communiquer ? Voudrez-vous un jour m’écouter et me comprendre ? Saurais-je un jour m’expliquer ? Saurais-je un jour vous comprendre ?
Saurons-nous nous accepter ?
Si de telles choses se passent… Sera-t-il trop tard ?

Qu’est-ce qu’il m’est arrivé…
Je crée, j’évolue, j’aide, j’encourage, je fais avancer… Mais le fais-je seulement autant que je détruis, moi et Autrui ? Ce n’est pas faute d’essayer, croyez-le…

Et vous, qu’est-ce qu’il vous est arrivé ?
Et à nous ?

Albtraum

Une seconde de conscience, une seconde d’obscurité. Puis, la lumière apparaît. Une lumière de théâtre, un projecteur blafard. “Je” suis en-dessous, assise par terre face à une table basse en vieux bois. “Je” crache dans un petit bol, incessablement – il s’agit d’un liquide noir et épais. “J’ai” une plume à la main. “Je” la trempe dans le bol, dessine des motifs sur un papier étendu à même le bois. Je m’approche pour mieux regarder. Je vois que “je” dessine un poumon. Au moment où l’encre que “j’ai” crachée touche le papier, pointant au bout de ma plume, elle devient blanche. Il faut quelques secondes pour qu’elle retrouve son noir de jais.
Tu apparais sous le projecteur. “Je” souris. Tu poses une main sur “mon” épaule, et tends l’autre vers le poumon dessiné. Tu le touches. L’encre frétille et bouillonne. Elle remonte le long de ton bras. Elle t’enlace, et j’ai peur qu’elle te ronge. Mais l’autre moi reste assise, souriante. Cette fois, c’est moi qu’elle regarde. C’est à moi qu’elle sourit. Tu as dit que tu aimais mon sourire. Mais celui-là était terrorisant. Ton corps entier est d’un noir profond, à présent. Ca me semble stupide, outrageusement symbolique. Ridicule. Mais je suis immobilisée, glacée de peur. “Je me” lève enfin, pour te faire face. Une main posée sur ton cou, l’autre caressant ton visage. Maintenant que tu es couvert de l’encre (serait-ce du goudron ? Un genre de sang ?), “je” peux te dévorer. Cela prend quelques minutes. Tu finis entièrement consumé. J’ai mal au coeur, physiquement mal. J’ai l’impression qu’il va transpercer ma poitrine pour battre à l’air libre. Je marche vers “moi”.
Finalement, je ne suis plus qu’une personne. Je regarde dans le vide, là où quelques instants plus tôt j’aurais fixé tes yeux. Je baisse les miens. Un coeur se trouve dans ma main. Je m’assieds à nouveau. Le coeur me sert d’encrier, il n’y a qu’à planter la plume dedans. Je souris, amèrement. On se croirait dans un mauvais manga.
Je vois du mouvement. Le temps de lever la tête, je vois une paire de jambes. Je dis quelque chose, mais ne m’entends pas parler. Enfin… peut-être l’ai-je simplement oublié, après-coup.
Je me réveille, à ce moment, dans le noir absolu.
J’avais peur, tu sais.

Une aventure

Comme je te l’ai peut-être déjà dit, le principe de ce séjour était tout nouveau pour moi. Je n’avais jamais passé autant de temps avec un groupe de personnes ; même en habitant sous le même toit que ma mère et mon frère nous ne nous voyons jamais plus de deux heures par jour, et mes rares expériences de colo ont été telles que je passais le plus de temps possible seule. Alors, tu imagines, deux semaines à côtoyer des amis chaque jour du lever au coucher…

Les premiers jours, par soucis de place, j’ai dormi dans le même lit que Clenoshe. Souvent, au moment du coucher, nous étions dans les bras l’un de l’autre, puis nous finissions par prendre une position plus confortable -dos à dos, chacun son espace- et le matin, à nouveau collés jusqu’à ce qu’on se décide à se lever. Quelque part, c’était une situation amusante par son potentiel de symbolisme. Il s’agissait d’être proche de quelqu’un, d’avoir un contact et une chaleur humaine contre qui se blottir, s’enfouir. Mais en même temps existait le désir d’espace, de solitude et de tranquilité. Et encore, derrière, la peur d’envahir, de déranger. Is a relationship any different ?

A présent, je dors à côté de Shu. Deux matelas séparés, mais que nous avons dû glisser in-extremis dans le peu d’espace qu’il restait dans la chambre du haut (beaucoup sont déjà partis, Shu et moi avons quitté celle du bas pour rejoindre ceux qu’il restait). J’ai le sommeil lent, tu le sais. Du coup je m’occupe comme je peux en attendant, immobile mais bouillonnante d’énergie. Alors que défilait dans ma tête une autre fiction à but distractif, j’ai tourné la tête vers lui. Je me suis dit que c’était la première fois que je voyais quelqu’un dormir. Dans un sens c’est effrayant. Ne trouves-tu pas ? Cette masse inconsciente et vulnérable est un être vivant, pensant, avec une histoire et des aspirations. Il y a quelques minutes nous riions ensemble devant un film et nous discutions gaiement. Maintenant, seuls ses rouages internes le différenciaient d’un objet. Nous ne pouvions plus partager.
Puis, je me suis dit que c’était sûrement en partie à cause de ces sentiments face à l’état d’endormissement que j’avais si peur d’y céder moi-même. Une peur de l’inutilité, de l’improductivité, de l’inconscience ? Une peur de mourir, trop tôt ? Ce doit être ça. Une peur de m’abandonner à un état de pure impuissance. De perdre des instants de réflexion ; de ne même pas me souvenir de ce que peut bien créer mon esprit dans ces moments (bien que je me souvienne habituellement de plusieurs rêves par nuit, c’est déjà monté jusqu’à huit, qui sot par ailleurs encore gravés dans mon esprit… il paraît que ce n’est pas très sain).

Maintenant que Nico est parti (sans même dire au revoir à qui que ce soit, ça lui ressemble bien… je n’en suis même pas contrariée), le seul véritable lit de la pièce est libre. C’est un lit deux places en bois. Je devine qu’en arrivant dans la chambre avec les autres, il se l’est directement attribué. Il est comme ça, Nico. Il se place toujours en position d’alpha. Que ce soit par son attitude, son simple regard, ou ses paroles. Il a cette manière de parler constamment de lui, et de ne parler des autres que pour se mettre en avant. Dans sa bouche, même un compliment a pour but de le mettre lui-même en valeur.
Chez toute autre personne, ça me dérangerait. Mais avec lui, ça m’intéresse plus qu’autre chose. C’est toujours amusant de voir comment il retourne habilement une conversation pour la diriger vers lui. Il a ses petites techniques. Egalement pour commencer à n’importe quel moment une discussion par rapport à lui et ses exploits. Nous avons été très proches assez vite, c’est sûrement pour ça que je tolère sans soucis ce caractère, et il se le fait pardonner à mes yeux par d’autres aspects de son être. (Et puis, j’ai parfois le même comportement… C’est tragique.) Tu parlais de favoritisme inné… Je pense qu’on ne peut pas y échapper. Le favoritisme est un effet de l’amour de soi.

Je me demande si quelqu’un va se déplacer de son matelas au sol à ce lit… Ou si chacun se satisfait de ce qu’il a, ou bien s’est habitué à sa place et s’y trouve parfaitement confortable. Peut-être Mimic, qui dort en plein milieu de la pièce et au-dessus duquel Shu et moi devons passer pour accéder à nos matelas. Cyprien est contre le mur, entre le pied du lit en bois et des meubles. Il doit y être plutôt tranquille, mais je le vois bien emménager dans le lit par pur et innocent souci de confort. Shu, lui, n’oserait probablement pas, par égard aux autres, par désir de ne pas priver quelqu’un d’autre du lit. François… Est dans sa bulle. Je ne pense pas qu’il ait même conscience que le lit s’est libéré. Peut-être moi, avec mon attitude de pseudo-alpha mal assumé, sous l’excuse de ce terrible mal de dos…
C’est fou. Toute chose devient matière à matérialiser le caractère d’un être et ses rapports au monde.

Ah oui. Autre chose qui m’a marqué, dont je t’avais déjà un peu parlé. Je n’avais encore jamais vu Emy, ni Starp, ni Mimic. Je me suis toujours très bien entendue avec Emy, mais passer du temps avec elle m’a refroidie à son égard. Son attitude, ses manières, ses expressions de visage… Ont dévoilé des parties de son être que je ne peux apprécier. Avec Starp, c’est tout l’inverse. Le connaître en dehors des jeux (qui sont assez importants pour lui visiblement, et donc le poussent facilement à s’énerver et à flame) m’a montré qu’il est en fait quelqu’un d’adorable et plein d’humour. Et Mimic… Ca fait du bien de l’entendre parler normalement. Restent certes les parties de LoL qu’on fait -là on retrouve notre bon vieux Emeric et ses cris stridents. Mais il est hautement supportable, au final. Quelque part, je le trouve même mignon (mignon dans un sens attendri, face à un junior). Il semble aussi avoir un réel potentiel intellectuel.
Tout ça pour dire, on peut bien croire connaître ou apprécier quelqu’un, rien ne vaut l’IRL. Cela peut sembler évident, mais les seules personnes que j’ai rencontré sur le net puis en personne avaient jusqu’ici toujours été semblables dans l’un comme dans l’autre. Il y avait bien des facettes cachées que j’ai découvertes, mais elles étaient cohérentes par rapport à ce que je connaissais déjà d’eux.
Naïve enfant que je suis et qui découvre à peine le monde.

Je me demande comment ce sera avec toi. Je me demande si tu as des tics, des expressions particulières. Je me demande si tu plisses les yeux en souriant, si tes yeux se baladent quand tu parles, si te mords la lèvre en réfléchissant. Je me demande comment est ton regard. Je me demande si tu as des regards en coin par moment. Je me demande comment tu te meus. Si tu as des gestes lents et précieux, ou alors précis, si tu te précipites sous la pression.
Je ne peux pas m’empêcher d’observer en détail l’attitude des gens. Par conséquent, je ne peux m’empêcher de me demander de quelle manière tu es. Plus même que je me demande à quoi tu ressembles (quoi que je suis très curieuse quant à tes avant-bras. C’est comme un genre de fétichisme. Ca me semble assez amusant, donc je t’en fais part.).

Enfin. Il est temps d’arrêter cet article. Voilà en somme comment se déroule mon séjour.

Enjoy, très cher Jo’.

Mais pourquoi diable ce blog ?

La réponse… Est dans la Réponse.

Ta réponse, mon Jo’.
Une des raisons de ma question était que j’ai longtemps été tentée par le fait de créer un blog. Mais ça aussi s’est toujours soldé par un échec. Manque de confiance, timidité, en sont les raisons principales.
Alors pourquoi maintenant ? Parce que tu m’as offert un semblant de confiance en moi. Et que mon désir de partager s’est accru. Peut-être bien qu’un jour, d’autres personnes tomberont sur ce Dio’gme. Peut-être y trouveront-ils un quelconque intérêt ou une distraction.
Mais dans l’immédiat, ce blog est destiné à donner accès à des pensées venues dans un éclair et reparties aussitôt; à des réflexions trop incomplètes ou imprécises. Ou encore, à des écrits en tous genres, déjà crées et que j’aimerais t’exposer, comme à des écrits encore à peaufiner ou dont tu m’as donné l’idée.

En somme, ça promet d’être aussi désordonné, hasardeux et éparpillé que mon propre esprit.
Mais je pense pouvoir affirmer qu’en ce qui te concerne… Tu sauras le supporter.

Dio’ke, en l’honneur de notre Réunion.

#stratégie