Saynètes ? Saynons.

“-Tu ne vois pas que nous sommes parfaitement identiques à toi ?
-Je vois que vous êtes identiques les uns aux autres.
-Et… Tu ne vois aucune ressemblance entre nous et toi ?
-Je ne connais pas mon visage. Je ne saurais dire. Tout ce que je vois, c’est que vous vous ressemblez. Mais je ne vois rien de semblable entre vous et moi. ”


“-Qu’est-ce que tu fais, ici ?
-J’attends le bus.
-Mais voyons, nous sommes les deux seuls être vivants sur cette planète. Le bus ne risque pas de venir…
-Eh bien quoi ? Le bus, on l’attend et on le prend. Je ne peux pas le prendre. Donc je l’attends.
-Mais, dans quel but ?
-Si l’idée du bus existe, c’est qu’elle a un sens. Il faut bien que j’honore ce sens. Alors, je fais ce que je peux de cette idée.
Une heure s’écoule.
-Il faut croire que le bus ne viendra pas.
-Nous le savions depuis le début.
-Non, nous nous y attendions simplement. Qui sait, il aurait pu passer. Marchons, à présent.”


“-Pourtant, la violence peut parfois démêler une situation ; il arrive qu’elle soit la seule solution pour se faire écouter.
-La violence est sourde, mais elle crie. Elle crie son incompréhension, si fort, qu’elle ne sait s’entendre penser. La violence est un bruit qui résonne en nous, fait vibrer chaque corde de notre âme et fracasse les tympans de toutes nos sensibilités. Elle naît d’un monde de mal-entendants et les encourage à rejeter chaque son qui pourrait leur parvenir. Digne descendant, elle fait perdurer son espèce.”


“Le nihilisme européen a atteint son apogée et la société s’est effondrée ; l’onde de choc a fait trembler les civilisations environnantes. Une impulsion, un mouvement de panique a suffi, et la destruction s’est répandue dans le monde entier.
J’erre à présent au milieu des cadavres de la civilisation et de débris humains. Le monde est cramoisi, il suppure et il moisit.
Tout s’était arrêté au moment où il ne restait plus personne à tuer.”


“-Eh bien… La purification par le feu.
-Le feu ? Le feu ne purifie pas. Le feu consume et salit. Le feu se nourrit de la chair, il se nourrit du péché, il a besoin de lui pour exister. Le froid, lui, fige. Il enlace la chair, empêche la matière d’avancer vers le péché. Le froid arrête le temps. Sans temps, pas de corruption. Seul subsiste l’espace, pur. Le froid purifie par l’immobilité et la cristallisation. Qu’il agisse suffisamment, et une pichenette brisera à jamais l’objet tendant vers la perversion. Ainsi, la corruption est détruite à jamais. Tentez de réveiller son ardeur par la chaleur ; elle fondra avec son enveloppe de glace.”


Ce n’était plus un aristocrate que j’avais sous les yeux, mais une sorte de guerrier fantastique. Les cheveux défaits, emmêlés et humides, son torde ruisselant d’une sueur aux effluves sucrées… Sur son visage habituellement si stoïque et d’une pâleur maladive s’étaient ancrées les rougeurs du plaisir et de l’essoufflement. Il n’avait plus une odeur souple et mielleuse, mais violemment sensuelle. J’aimais le voir ainsi.

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