Albtraum

Une seconde de conscience, une seconde d’obscurité. Puis, la lumière apparaît. Une lumière de théâtre, un projecteur blafard. “Je” suis en-dessous, assise par terre face à une table basse en vieux bois. “Je” crache dans un petit bol, incessablement – il s’agit d’un liquide noir et épais. “J’ai” une plume à la main. “Je” la trempe dans le bol, dessine des motifs sur un papier étendu à même le bois. Je m’approche pour mieux regarder. Je vois que “je” dessine un poumon. Au moment où l’encre que “j’ai” crachée touche le papier, pointant au bout de ma plume, elle devient blanche. Il faut quelques secondes pour qu’elle retrouve son noir de jais.
Tu apparais sous le projecteur. “Je” souris. Tu poses une main sur “mon” épaule, et tends l’autre vers le poumon dessiné. Tu le touches. L’encre frétille et bouillonne. Elle remonte le long de ton bras. Elle t’enlace, et j’ai peur qu’elle te ronge. Mais l’autre moi reste assise, souriante. Cette fois, c’est moi qu’elle regarde. C’est à moi qu’elle sourit. Tu as dit que tu aimais mon sourire. Mais celui-là était terrorisant. Ton corps entier est d’un noir profond, à présent. Ca me semble stupide, outrageusement symbolique. Ridicule. Mais je suis immobilisée, glacée de peur. “Je me” lève enfin, pour te faire face. Une main posée sur ton cou, l’autre caressant ton visage. Maintenant que tu es couvert de l’encre (serait-ce du goudron ? Un genre de sang ?), “je” peux te dévorer. Cela prend quelques minutes. Tu finis entièrement consumé. J’ai mal au coeur, physiquement mal. J’ai l’impression qu’il va transpercer ma poitrine pour battre à l’air libre. Je marche vers “moi”.
Finalement, je ne suis plus qu’une personne. Je regarde dans le vide, là où quelques instants plus tôt j’aurais fixé tes yeux. Je baisse les miens. Un coeur se trouve dans ma main. Je m’assieds à nouveau. Le coeur me sert d’encrier, il n’y a qu’à planter la plume dedans. Je souris, amèrement. On se croirait dans un mauvais manga.
Je vois du mouvement. Le temps de lever la tête, je vois une paire de jambes. Je dis quelque chose, mais ne m’entends pas parler. Enfin… peut-être l’ai-je simplement oublié, après-coup.
Je me réveille, à ce moment, dans le noir absolu.
J’avais peur, tu sais.

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