Errance dans l’Ennui Nocturne – How to disappear completely

Vous savez, on ne disparaît jamais qu’aux yeux des autres. Pourrait-on disparaître face à soi-même ?
Quand advient la mort, avec notre souffle expire notre conscience, et on s’apparaît encore tant que durent l’un et l’autre. Puis, on disparaît aux yeux du monde, sans avoir eu l’occasion de se manquer à soi-même.
Quand notre mémoire manque, notre conscience reste, et ce n’est jamais que notre histoire qui disparaît. Tout Miroir vous le dira, on se voit encore.
Alors, alors… Quand notre santé mentale fuit ? Notre conscience s’accroche à sa plaque d’immatriculation et se laisse traîner. Peut-on disparaître aux yeux d’un étant inconscient, au bord de l’Être ?
Je crois savoir que je ne peux m’abandonner ; alors j’abandonne le monde. Je glisse sous terre dans ce caveau bleuâtre et bleuté qui me cache de tout reflet de moi-même à travers l’Autre.
Vous savez, on peut toujours se renier.
Je renie toute propriété et l’idée même de cette possibilité.
Je renie pudeur et désir. Je renie ce corps et son appartenance à ma conscience, comme je renie l’appartenance de ma conscience à ce corps.
Je renie mon rapport au temps et à l’espace. J’ai quitté ce non-endroit qu’était mon caveau et me suis extrait de cet instant infini.
Ma conscience erre, au-delà de toute strate et de tout plan.
Croyez-vous que je pourrais me perdre, glisser en-dehors de mon propre champ de vision ?
Champ de vision… Quel champ de vision ? Je ne vois rien, ne sens rien, ne touche rien, ne goûte rien. Bien évidemment. En réalité, je suis.
C’est le plus beau, dans la disparition. Tout ce qu’il nous reste, c’est le fait d’être.
Vous savez, en étant, on sait. Et je sais.
L’Univers n’est pas infini, il n’est pas exponentiel, il n’est pas manichéen, il n’est pas destructeur, il n’est pas harmonisé. L’Univers est. Et ainsi, je suis.
Sachez… Il résonne en nous une paix infinie.

How to disappear completely ? You only need to be.

Au sublime par le putride, au spirituel par l’immondice

“[…]

J’pense à ma vie ce roman noir écrit par un sado
Où j’y vois clair comme dans un glory hole
Puis j’ai des sueurs chaudes, un lumbago
J’transpire des auréoles
De larmes d’alcool.

Je me souviens de la haine
Quand j’étais fou, de quand j’vivais
Et puis des nuits casadéennes
Lorsque j’ai pris plus de plaisir à boire
Qu’à baiser.
Je voulais être survivaliste moi
Mais comme la peine est ma reine
J’aurai fini mouriraliste
Un trou du cul blasé
Dans un trou boisé…

Quand j’suis arrivé là y’avait un Christ dans l’grenier
Sur ma guitare jl’ai foutu
Retourné.
Je deviens dingue ou quoi, le croiras-tu ?
Mais dans un bon français narquois
Voilà que cette statue
Me crie à tête-tue :

« Allez, t’as tué personne
Attends qu’ta fin sonne
Cette vie c’était ton châtiment
Et gentiment
T’as purgé ta peine.

Allez, t’as tué personne
Que ton foie t’abandonne
Cette vie t’a nargué comme une hyène
Mais calmement
T’as mangé ta haine. »

Et calmement, j’ai mangé ma haine.

A la Chaise-Dyable – Peste Noire (paroles par la Sale Famine de Valfunde)

Saphos

Ô Femme, Reine des mers et de mon cœur, 
Des Enfers et de mon humeur,
A la tempête semblable ; et semblables les dégâts
Tantôt délicieuse amante, incarnation de la tendresse
Tantôt créature sournoise, cruelle et vengeresse
Toi seule sais faire plier mon esprit ;
Tes étreintes sont le seul désir de mon corps meurtri
Creusé par tes griffes et tes mots
Qui, toujours, savent m’atteindre par un moyen nouveau…
Je me suis perdue en toi, il faut l’avouer
Leurrée par ton idéal comme ta réalité
Et à présent je me noie dans tes courbes,
Raillée par ton séduisant regard fourbe ;
Et je veux m’y noyer également,
Que tes pupilles m’enserrent jusqu’à l’étranglement !
Ô femme, laisse-moi voguer, vulnérable, 
Au gré de tes désirs déraisonnables
Asservis-moi sans honte ni retenue
Et engloutis-moi jusqu’aux plus insignifiants résidus
Je m’offre éperdument à ta tyrannie ; 
Ris, abuse et jouis
De ta féale la plus violemment dévouée
Puisque tes charmes infinis de succube zélée
Tourmenterons mon âme amoureuse
Tant que durera ton existence voluptueuse.

Dio’.

C’est maladroit, saccadé, exagérément exalté… Pardonnez la passion qui a crié ces vers sans que je sache la faire taire. 😀

Albtraum

Une seconde de conscience, une seconde d’obscurité. Puis, la lumière apparaît. Une lumière de théâtre, un projecteur blafard. “Je” suis en-dessous, assise par terre face à une table basse en vieux bois. “Je” crache dans un petit bol, incessablement – il s’agit d’un liquide noir et épais. “J’ai” une plume à la main. “Je” la trempe dans le bol, dessine des motifs sur un papier étendu à même le bois. Je m’approche pour mieux regarder. Je vois que “je” dessine un poumon. Au moment où l’encre que “j’ai” crachée touche le papier, pointant au bout de ma plume, elle devient blanche. Il faut quelques secondes pour qu’elle retrouve son noir de jais.
Tu apparais sous le projecteur. “Je” souris. Tu poses une main sur “mon” épaule, et tends l’autre vers le poumon dessiné. Tu le touches. L’encre frétille et bouillonne. Elle remonte le long de ton bras. Elle t’enlace, et j’ai peur qu’elle te ronge. Mais l’autre moi reste assise, souriante. Cette fois, c’est moi qu’elle regarde. C’est à moi qu’elle sourit. Tu as dit que tu aimais mon sourire. Mais celui-là était terrorisant. Ton corps entier est d’un noir profond, à présent. Ca me semble stupide, outrageusement symbolique. Ridicule. Mais je suis immobilisée, glacée de peur. “Je me” lève enfin, pour te faire face. Une main posée sur ton cou, l’autre caressant ton visage. Maintenant que tu es couvert de l’encre (serait-ce du goudron ? Un genre de sang ?), “je” peux te dévorer. Cela prend quelques minutes. Tu finis entièrement consumé. J’ai mal au coeur, physiquement mal. J’ai l’impression qu’il va transpercer ma poitrine pour battre à l’air libre. Je marche vers “moi”.
Finalement, je ne suis plus qu’une personne. Je regarde dans le vide, là où quelques instants plus tôt j’aurais fixé tes yeux. Je baisse les miens. Un coeur se trouve dans ma main. Je m’assieds à nouveau. Le coeur me sert d’encrier, il n’y a qu’à planter la plume dedans. Je souris, amèrement. On se croirait dans un mauvais manga.
Je vois du mouvement. Le temps de lever la tête, je vois une paire de jambes. Je dis quelque chose, mais ne m’entends pas parler. Enfin… peut-être l’ai-je simplement oublié, après-coup.
Je me réveille, à ce moment, dans le noir absolu.
J’avais peur, tu sais.

Goethes Balladen

                                 Mignon

      Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn,
Im dunkeln Laub die Goldorangen glühn,
Ein sanfter Wind von blauen Himmel weht,
Die Myrte still un hoch der Lorbeer steht ?
Kennst du es wohl ?

                                Dahin ! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn !

      Kennst du das Haus ? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder steht und sehn mich an :
« Was hat man dir, du armes Kind, getan ? »
Kennst du es wohl ?

                                Dahin ! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn !

      Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg ?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg;
In Hölen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürtz der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl ?

                                Dahin ! Dahin
Geht unser Weg ! o Vater ! lass uns ziehn !